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Interview de Corinne Guitteaud, des éditions Voy’El

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Pour cette deuxième édition du concours Plumes en herbe, notre partenaire éditorial est Voy’El. Nous sommes heureux de vous le faire découvrir un peu plus en profondeur avec l’interview de Corinne Guitteaud, sa créatrice…

 

ForgeSonges : Bonjour Corinne. Tout d’abord peux-tu te présenter, nous raconter ton parcours littéraire et nous expliquer comment en es-tu venu à créer une maison d’édition ?

Corinne Guitteaud : J’ai mis le doigt dans un véritable engrenage en voulant offrir à des lecteurs de la Trilogie Atlante la possibilité de lire la suite (Les Chevaliers Trinitaires). J’ai pris goût à cette première aventure, j’ai voulu me lancer dans la réédition des livres dont j’avais récupéré les droits et, je dois l’avouer, du Crépuscule des Anges qui ne trouvait pas d’éditeur (et pourtant, à chaque fois que je l’envoie en SP, j’ai des retours élogieux). Ensuite, gourmande que je suis, j’ai voulu publier d’autres auteurs, j’ai donc pris le statut d’auto-entrepreneur en 2009. Je voulais d’abord essuyer les plâtres, avant de lancer l’appel à manuscrit et j’ai publié en juillet 2009 La Saga d’Orion d’Isabelle Wenta, puis en mai 2010 Entrecahts de Cécile Duquenne et le premier tome du Neuvième Cercle de J-C Chaumette dans la foulée.

 

FS : Aujourd’hui, quel est ton rôle chez Voy’El ?

C.G. : Je fais quasiment tout, puisque je suis en auto-entreprise et que je ne peux embaucher personne. Je me fais heureusement aider par les membres du comité de lecture, car je n’aurais pas le temps de lire tous les manuscrits qui arrivent. Des relecteurs ont aussi rejoint l’équipe dernièrement. Mais ce sont tous des bénévoles. Je reçois parfois des demandes d’embauche et je rêve que ce soit un jour possible, car ce n’est pas forcément évident de jongler avec mon métier d’enseignante et de changer de casquette pour régler les questions inhérentes à l’édition.

 

FS : Voy’El est spécialisé dans les littératures « de l’imaginaire ». Comment les définir ?

C.G. : Houlà, vaste sujet qui donne lieu à des conversations très intéressantes lors des conventions (je pense à celle de Grenoble, l’année dernière, où Sylvie Denis s’insurgeait contre cette définition). Pour moi, et pour faire simple, c’est tout ce qui englobe la Science-fiction, la Fantasy et le Fantastique. Mais Sylvie a raison : toutes les littératures ou presque relève de l’imaginaire.

 

FS : Y’a-t-il des thèmes ou des genres particulièrement représentés ?

C.G. : Oui, Voy’el publie surtout de la Science-fiction. Un autre titre viendra s’ajouter au genre fantastique, qui pour l’instant ne compte, dans le catalogue, que le Crépuscule des Anges. Mais comme la SF est mon genre préféré, je me fais plaisir. Je rêve toutefois de recevoir un bon manuscrit uchronique.

 

FS : Combien de publications à l’actif de Voy’El ? La littérature de l’imaginaire rencontre-t-elle du succès ?

C.G. : Nous avons 19 titres au catalogue à l’heure où je réponds à tes questions. D’autres sorties sont déjà en préparation. Comme Voy’el est vraiment tout petit, je ne peux pas dire que je fasse des ventes mirobolantes, mais en matière de ventes numériques, par exemple, nous connaissons un succès honnête (576 titres téléchargés l’année dernière et on est bien parti pour faire aussi bien, sinon mieux cette année). Je suis aussi assez satisfaite des ventes d’Arcanes, ce fut un projet assez lourd à mener à terme.

 

FS : Est-ce un genre porteur ? C’est à dire : peut-on vivre en éditant ce type de littérature ? Et en écrivant ce type de littérature ?

C.G. : Non, je n’en vis pas, comme je le disais, je ne paie pas non plus les gens qui veulent bien m’aider et je suis encore obligée de mettre la main à la poche pour aider encore Voy’el par moments. Et en tant qu’auteur, on n’en vit pas, c’est clair, il faut des à-côtés pour finir les mois. Si on écrit de la SF pour gagner beaucoup d’argent, autant essayer de jouer au loto… on aura peut-être plus de chance d’y arriver.

 

FS : Je suis un petit auteur dans mon coin, ai-je des chances d’être édité chez Voy’El ? Comment ça se passe ?

C.G. : Des chances, oui, j’aime bien lancer de jeunes auteurs et je suis assez fière de pouvoir leur donner un coup de pouce. Pour cela, toutefois, il faut passer la redoutable étape du comité de lecture, en envoyant un synopsis de son manuscrit et les trois premiers chapitres. Mes redoutables lecteurs lisent alors les soumissions et donnent leur avis dans une section du forum de Voy’el qui leur est réservé. Si on passe cette étape, on envoie son manuscrit en entier et on croise les doigts. Il arrive aussi que j’aille directement vers un auteur, c’est le cas pour Chaumette ou Léourier, mais aussi pour Cendrine N.William, dont j’avais suivi les aventures de loin. Il se pourrait aussi qu’une jeune auteur (par-là, j’entends quelqu’un qui n’a jamais publié ou très peu) rencontrée à Trolls et Légendes signe avec nous, si la lecture de son manuscrit intégral s’avère aussi prometteur que les trois premiers chapitres que j’avais lus là-bas.

 

FS : Quels sont vos projets d’avenir ?

C.G. : Je vais paraître très pessimiste, mais pour l’instant, il s’agit surtout de… survivre, de pouvoir continuer, niveau financier, à payer tout le monde : illustrateurs, auteurs et toute la chaîne de l’impression à la librairie. Le numérique, en cela, est venu, encore une fois, nous donner un sacré coup de pouce. Mon objectif, quoi qu’il en soit : pouvoir continuer de publier des manuscrits qui m’auront accroché (en espérant que les lecteurs leur fassent bon accueil) et lancer de jeunes auteurs, de ce fait, comme Cécile Duquenne. Je suis assez fière du parcours de Cécile et je lui souhaite d’ailleurs une longue et belle route. Elle a un très grand talent.

 

FS : Venons en maintenant au concours : comment as-tu entendu parler des Plumes en Herbe ? Connaissais-tu le concours et/ou l’association ForgeSonges avant cette édition ?

C.G. : C’est par Lilian (ndlr : kiahetela sur le forum) que j’ai appris l’existence de ForgeSonges. Ensuite, la magie du Net a fait le reste, il  ya eu des échanges de mails qui ont permis de mieux cerner ce que sont les « Plumes en Herbe » et le concept m’a plu.

 

FS : Qu’est-ce qui t’as amenée à accepter de prendre part à l’aventure et à nous suivre ?

C.G. : Toujours cette envie de publier et de faire connaître des textes. En plus, j’avais parlé du thème avec les membres du comité de lecture, sans avoir le temps de le développer. Du coup, ça me donnait une occasion de lancer cette idée à nouveau.

 

FS : Ce genre de partenariat est intéressant à quel(s) titre(s) pour Voy’El ?

C.G. : J’espère que cela nous fera connaître un peu plus auprès des lecteurs et que cela permettra aussi de dénicher de nouveaux talents.

 

FS : Tu es membre du jury du concours également, qu’attends-tu des nouvelles ? Quels sont tes espoirs ?

C.G. : J’espère passer un bon, voir un très bon moment à lire les textes et que les auteurs m’étonnent par rapport à leur interprétation du « On a marché sur… » volontairement vague, ce qui, à mon avis, pourra donner des choses surprenantes si on ne s’arrête pas à « On a marché sur la Lune. » J’espère qu’il y aura aussi des textes racontant l’arrivée sur une planète incroyable et les débuts de son exploration. Mais surtout, surtout, j’espère que les auteurs vont s’en donner à cœur joie… et moi aussi en les lisant.

 

FS : Une nouvelle, ce n’est pas un roman en plus court. Quels conseils d’écriture donnerais-tu aux participants ?

C.G. : Ce n’est pas un genre où j’excelle moi-même. Je pense avoir besoin de temps pour mettre en place un univers et du coup, mes démarrages sont trop longs. Je pense que pour écrire une bonne nouvelle, il faut aller directement à l’essentiel, plonger tout de suite le lecteur dans son histoire

 

FS : Le mot de la fin, si tu as quelque chose à ajouter, libre à toi…

C.G. : Dans ce cas, je vais en profiter pour faire juste un court plaidoyer à la petite édition. Nous en discutons souvent entre nous, à l’occasion des salons ou autres. On a besoin de vous, lecteurs, pour vous faire découvrir de nouvelles aventures. Soutenez-nous, parce que c’est vraiment la passion qui nous fait avancer et honnêtement, si on n’a pas la foi dans cette aventure, il y a de quoi rester par terre vu le nombre d’embûches qu’on nous tend sur la route. Personnellement, je suis en admiration devant mes collègues qui tiennent la barre depuis plus longtemps que moi et j’espère avoir leur longévité. Il en faut pour tous les goûts, je le reconnais volontiers, mais la petite édition reste la dernière tribune où les auteurs francophones, les petits, comme les grands, peuvent s’exprimer, car les plus grands éditeurs (que nous rêvons de devenir un jour, ne le nions pas) bombardent surtout les rayonnages à coup de traductions. On a de vrais talents, en France comme dans le reste de la francophonie, je le découvre tous les jours, mais sans vous, ni eux, ni nous qui leur offrons l’estampille « publié chez un éditeur » ne pouvons continuer sur cette route périlleuse. Alors n’hésitez pas à venir découvrir les petits bijoux chez Argemmios, les Éditions du Riez, Asgard, Mille Saisons (et j’en oublie sans doute) et Voy’el, bien sûr. Sachez qu’on met tout notre cœur à ne pas vous décevoir.

FS : Merci beaucoup Corinne. Nous souhaitons tout le meilleur à Voy’El pour la suite… Et bravo pour ton engagement!

  1. Oui, courage et bravo !

    et surtout, MERCI.

    Un lecteur gourmand et un écrivain rêveur ;)

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