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Interview de Georges Bormand, membre du jury Plumes en Herbe 2011

3 comments

Pour cette deuxième édition du concours Plumes en herbe, le jury est composé de différentes personnes, certains sont des auteurs, d’autres des lecteurs, d’autres encore des journalistes. Nous sommes heureux de vous faire découvrir un peu plus en profondeur les membres de ce jury avec l’interview de Georges Bormand, dévoreur de SF depuis 1960…

 

ForgeSonges : Bonjour Georges. Tout d’abord peux-tu te présenter, nous raconter ton parcours dans le monde de l’imaginaire, et ton implication dedans ?

Georges Bormand : La date « officielle » de ma découverte de l’imaginaire rationnel (i.e. science fiction) est un jour de septembre 1960 où je suis entré dans une librairie et y ai découvert les revues de bandes dessinées Spoutnik et Monde futur qui venaient de publier leur dernier numéro. Je ne sais pas pourquoi j’ai oublié les lectures antérieures). Toujours est-il que j’ai commencé à accumuler les numéros anciens retrouvés dans les marchés, ainsi que les autres revues Artima (j’ai acheté à la parution Météor jusqu’au dernier numéro)…

J’ai commencé à lire des romans d’anticipation Fleuve noir en avril 1962 (je me souviens des titres lus ce mois-là, pas de leur contenu) ; Bob Morane est arrivé la même année.

La SF « littéraire », les revues (Fiction, Galaxie) et les collections « de qualité » (Rayon fantastique, Présence du futur), je les ai découvertes en 1964.

Je ne saurais dater les émissions du Théâtre de l’étrange écoutées à la radio (France II).

La collectionnite, l’envie de tout lire, la découverte de titres non traduits m’ont occumé dans mon coin jusqu’à ce que, par hasard, quelqu’un me fasse rencontrer, en 1995, Yvonne Maillard, et découvrir le club Présences d’esprits, auquel je dois mon entrée dans le « milieu » SF, et l’occasion d’écrire des articles, des critiques, des commentaires, et, quand par hasard je parviens à coincer l’inspiration qui m’évite farouchement, des nouvelles.

 

FS : Tu lis de la SF depuis maintenant un demi siècle, quels sont les livres qui t’ont marqué ? Et  quels auteurs ?

G.B. : Au sommet du Panthéon, les nouvelles de Cordwainer Smith, regroupées en France sous le titre « Les Seigneurs de l’Instrumentalité ».

Ensuite un certain nombre de romans et de nouvelles de Robert Anson Heinlein qui reste, à mes yeux, le père fondateur de la SF moderne; la liste serait longue, je mettrai toutefois au sommet « L’Homme qui vendit la Lune » (premier roman lu en Rayon fantastique), « En terre étrangère » (le sommet de son oeuvre) et « Une porte vers l’été ».

Plus encore que « Dune » et « Le Messie de Dune », je classerais « L’Étoile et le fouet » et « Dosadi » au plus haut de l’oeuvre de Frank Herbert.

Quelques autres oeuvres essentielles à mes yeux: « La Maison au bord du monde », de William Hope Hogdson; « Marée montante », de Marion Zimmer Bradley; « Rituel de chasse » et « Le Pays des femmes », de Sheri S Tepper; « La Main gauche de la nuit » et « Les Dépossédés », d’Ursula Kroeber Le Guin; et « Cyteen » de Carolyn J Cherryh.

Et, pour citer des auteurs « français » (guillemets justifiés), « Les Xypehuz » de JH Rosny Aîné, « La Sortie est au fond de l’espace » de Jacques Sternberg, « Le Voyageur imprudent » de René Barjavel; plus récemment « Omale » de Laurent Génefort, « La Lune seule le sait » de Johan Héliot (j’ai moins aimé les suites), « Pollen » de Joëlle Wintrebert,, « La Vénus anatomique » de Xavier Mauméjean et « Le Goût de l’immortalité » de Catherine Dufour.

J’aurais aussi aimé citer quelques titres parus en castillan (espagnol), mais, à part « L’Invention de Morel » d’Adolfo Bioy Casares, ils ne sont pas disponibles en français. De même ne citerai-je pas des titres non traduits de certains auteurs anglo-saxons….

 

FS : Dans ces lectures, y  a-t-il des thèmes qui te tiennent à cœur ? Des  ambiances particulières ?

G.B. : Question difficile, parce que les oeuvres qui me paraissent importantes portent sur des thèmes tellement variés, présentent des visions tellement variées elles aussi. À moins d’une longue énumération, ou au contraire d’une réduction au thème commun, évident, la connaissance de l’humain, je ne peux pas répondre.

 

FS : Le sujet de cette seconde édition est typé SF. Depuis 1960, la SF a beaucoup évolué ? S’est-elle transformée ? Ecrit-on de la SF différemment suivant les époques ?

G.B. : Cela n’est pas spécifique à la SF: toute la littérature ne cesse d’évoluer, de plus en plus vite; thèmes, méthodes d’écriture, scénarios, etc… changent et évoluent, sans oublier le langage. Cela se voit à peine plus en SF parce que celle-ci refuse tout arrêt dans son évolution, de se figer sur un thème, de l’exploiter jusqu’à ce qu’il ait été épuisé avant de passer au thème, au procédé suivant. Alors oui, elle a beaucoup évolué; et elle a évolué de façon différente et à des rythmes différents dans les différents pays où elle a une existence réelle: pays anglo-saxons, France, Espagne et pays hispaniques, Allemagne, Russie et pays slaves, Japon. Décrire ces évolutions demanderait plus de capacités d’analyse que je n’ai…

Un trait essentiel: la SF s’écrit de manière géologique, par strates successives; les auteurs actuels doivent prendre en compte sinon tout ce qui est paru jusqu’à hier inclus, du moins l’essentel; s’ils ne le font pas, leur oeuvre devra être publiée en « littgen » et prétendre introduire un thème nouveau pour ceux qui n’ont jamais lu de SF. Publiée en SF, elle contient, toujours, des clins d’oeils et des rappels de certaines oeuvres antérieures.

 

FS : Aujourd’hui, pour toi, qu’est-ce que la SF ? Quels en sont les composants indispensables ?

G.B. : Pour moi, la SF est avant tout une certaine manière de créer le monde de fiction dans lequel n’importe quel écrivain place ses récits. Là où un écrivain de « littgen » prétend, plus ou moins honnêtement (il y a ceux qui reconnaissent « mentir vrai »),  ne pas expliciter sa création, décrire une réalité qu’il a, sans le dire, transformée par sa perception, puis  par son écriture, l’écrivain de SF explicite et décrit de façon rigoureuse, « scientifique » (le mot inclut toutes les sciences humaines, l’histoire, la sociologie, la psychologie, etc…), rationnelle, non seulement ce qu’il a modifié pour les besoins de son récit, mais aussi ce qu’il a conservé du monde que nous considérons comme réel. Bien sûr, si rien n’a été modifié, le roman paraîtra en littgen, mais cela ne m’empêchera pas de le considérer comme de la « quasi’SF »; le livre que je cite constamment en exemple de cette conception est « L’Île », de Robert Merle: en racontant l’histoire de la mutinerie de la Bounty et de l’installation des mutins à Pitcairn, Robert Merle adopte, plus encore que dans d’autres romans de lui classés science-fiction, cet art de décrire avec rigueur le décor et les personnages. Pour le narrateur Christian Fletcher, les Tahitiens sont des extra-terrestres, et il les analyse comme un xenoanthropologue de roman de SF.

Alors voilà le composant indispensable: une description rationnelle du cadre, des personnages et des ressorts de leurs actions. Description que les auteurs de littgen croient inutile, et que ceux de fantasy rejettent ou dé-rationalisent parce qu’ils veulent croire, au moinsle temps du roman, à l’existence de causes et de résultats irrationnels.

 

FS : Tu ne fais pas que lire dans la vie ; quels sont tes projets actuels ? Et pour l’avenir ?

G.B. : J’ai maintenant « un âge certain » et je ne saurais faire des projets de jeune homme à la veille de la vie. Mon projet essentiel est de rendre le temps qui me reste à vivre aussi intéressant (pas au sens chinois ;) )et agréable que possible, de continuer à découvrir et apprendre de nouvelles choses; et si possible de créer quelque chose qui restera après moi, que ce soit une oeuvre de réflexion ou des nouvelles.

 

FS : Venons en maintenant au concours : comment as-tu entendu parler des Plumes en Herbe ? Connaissais-tu le concours et/ou l’association ForgeSonges avant cette édition ?

G.B. : Une annonce sur le forum Actu SF, du temps libre à remplir, et me voilà parti pour participer à une aventure dont je ne connaissais probablement quele nom avant cette occasion.

 

FS : Qu’est-ce qui t’as amenée à accepter de prendre part à l’aventure et à nous suivre ?

G.B. : Avant tout le désir de participer à une création, et d’en découvrir les résultats.

 

FS : Etre membre du jury est intéressant à quel(s) titre(s) pour toi ?

G.B. : À défaut de créer moi-même, voir se créer des oeuvres aussi variées que possible, les aider à prendre forme.

 

FS : En tant que membre du jury du concours, qu’attends-tu des nouvelles ? Quels sont tes espoirs ?

G.B. : La première chose que j’attends est la surprise, des idées qui ne seraient pas des répétitions de thèmes connus. La seconde est de découvrir parmi ces « plumes en herbes » des talents en train de naître et de s’épanouir.

 

FS : Quels conseils d’écriture donnerais-tu aux participants ?

G.B. : Avant tout, de réfléchir, de vous relire, éventuellement à voix haute, de partager vos idées et vos résultats avec d’autres avant de les envoyer. Et de traquer impitoyablement les défauts de grammaire, de rythme, les répétitions inutiles. Mon premier professeur d’écriture s’enorgueillissait du surnom de Docteur Jivaro, réducteur de textes: quel que soit le texe qu’on lui proposait, sa première demande était: « réduis-le de moitié ». Et quand l’auteur n’y arrive pas, c’est, parfois, parce qu’il n’y a effectivement plus rien à enlever…

 

FS : le mot de la fin, si tu as quelque chose à ajouter, libre à toi…

G.B. : Aux participants; bonne chance et apportez-nous des idées nouvelles et fraîches.

  1. Bonjour,
    Je n’aime pas cette idée. J’en entends souvent parler, mais cela n’est pas un gage de “vérité”. Alors oui, j’avoue, ça m’agace ;)

    Je n’aime pas cette idée comme quoi il faut réduire le texte. Sans doute faudrait il préciser en quoi il faut le réduire. (hormis le bon sens d’éliminer les répétitions etc…)

    La sécheresse m’ennuie. Je veux que la pluie, des torrents de boue, des rivières qui débordent, des océans d’émotions, de la vie quoi.
    Oui, ça m’agace. Parce que je n’arrive pas a tirer de cet enseignement la substantifique moelle.
    Je l’ai dit. Ça ne va pas mieux. Tant pis ;)

    Quoi qu’il en soit, Merci pour cet (ces) interview(s).
    Tous mes encouragements à tous pour votre a

    • aaaaaaaaaaaa…

      Tous mes encouragements à tous pour votre association. Peut être aurais je un jour l’honneur de vous envoyer un de mes textes. J’en rêve ^^ :)

      Bien à vous
      David

  2. Delextrat says:

    Je me demandais si un livre ne pourrait pas être écrit en cheminant de synapse en synapse. Axones noyés parfois dans la sérotonine. Des sortes de runes qui tourneraient sous le crâne comme des bandelettes de momie.
    J. Delextrat

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