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Interview de Christophe Gérard, membre du jury Plumes en Herbe 2011 et collaborateur de ForgeSonges

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Pour cette deuxième édition du concours Plumes en herbe, le jury est composé de différentes personnes, certains sont des auteurs, d’autres des lecteurs, d’autres encore des journalistes. Nous sommes heureux de vous faire découvrir un peu plus en profondeur les membres de ce jury avec l’interview de Christophe Gérard, aka Tirodem, membre de ForgeSonges, auteur de jeu de rôles et d’un roman à paraître.

 

ForgeSonges : Bonjour Christophe. Tout d’abord peux-tu te présenter, nous raconter ton parcours dans le monde de l’imaginaire, que ce soit littéraire ou ludique ?

Christophe Gérard : Bonjour ! Au niveau de la création, déjà, gamin, je m’amusais toujours lorsque j’écrivais. Outre les rédactions scolaires demandées dans le cadre de nos devoirs, j’écrivais régulièrement de petits textes, sans objectif, simplement par plaisir, et « pour jouer au grand ». Vers l’adolescence, j’ai totalement délaissé l’écriture, seulement pour mieux reprendre à ma majorité. Ayant découvert le jeu de rôle entre-temps, je me suis attelé à l’écriture d’un premier projet qui n’est jamais sorti des cartons. Puis, encouragé par des proches, je me suis lancé dans d’autres projets. Tout d’abord avec un premier jeu auto-édité (Banshee!!!), puis par concours en temps limité (En’Yf pour le Royal Rumble et Dogson’s Creek pour le Recuil des Démiurges en Herbe), avant d’avoir la chance de pouvoir travailler en solo sur un projet professionnel en « stand-alone » avec Mississippi – Tales of the Spooky South chez les XII Singes. De fait, relativement motivé par mon parcours rôliste, et ayant de base une attirance pour le littéraire (ce qui influence largement la rédaction de mes jeux), j’ai fait une tentative dans l’écriture plus « classique » avec La Légende du Bretteur qui se battait pour un petit pois, un conte médiéval. Et, ma foi, l’essai est transformé, vu que les éditions Pierregord m’ont proposé un contrat pour une sortie prévue en automne 2012.

 

FS : Aujourd’hui, écris-tu toujours ? Et quoi ?

C.G. : Bien sûr, ce serait dommage de s’arrêter en si bon chemin ! Je compte bien continuer, aussi bien sur le jeu de rôle que sur les romans ou nouvelles.

FS : Dans tes créations, au sens large, y  a-t-il des thèmes qui te tiennent à cœur ? Des  ambiances ou des genres particuliers ?

C.G. : J’essaie de faire un peu de tout. Surtout lorsque j’ai participé au défi30-30 : 30 histoires en 30 jours, ça vous pousse à épuiser vos thèmes de prédilection et à oser d’autres choses. Jusqu’à présent, j’ai souvent donné dans l’ajout d’un postulat fantastique sur un cadre existant, voire contemporain (Mississippi, Dogson’s Creek). La musique, aussi, est un élément qui revient souvent chez moi : dans Mississippi, jeu sur les légendes du Blues, elle est l’élément principal ; dans Dogson’s Creek, elle est souvent placée dans une scène, posée comme décor. Cela mis à part, j’essaie jusqu’ici de varier les plaisirs : Banshee!!! est un jeu burlesque sur les Enfers, La légende du Bretteur qui se battait pour un petit pois nous amène à suivre la quête initiatique d’un jeune homme face à ses propres démons… J’essaie vraiment de toucher à tout.

 

FS : Le sujet de cette seconde édition est typé SF. Pour toi, qu’est-ce que la SF ? Quels sont les composants indispensables d’un texte SF ?

C.G. : Pour moi, la SF, c’est comme la Fantasy… c’est avant tout vaste. Anticipation, space opera, planet opera, hard SF, fantastique technophile, retranscription d’autres thématiques et styles littéraires dans un cadre futuriste et technologique… Faut-il réellement fixer une limite en classifiant le genre ? Je ne pense pas. Pour en revenir aux composants indispensables, si je devais faire un parallèle avec la Fantasy… La SF est à mes yeux un monde où la magie est technologique, où les races sont cybernétiques ou extraterrestres, et où les contrées du rêve et les grottes obscures laissent place aux formidables nébuleuses et aux carcasses de vaisseaux spatiaux abandonnés. Là où la Fantasy brode souvent sur notre folklore et notre histoire, la SF fantasme sur nos connaissances et méconnaissances actuelles de la science, nous laissant un billet vierge vers un progrès écrasant et potentiellement dangereux. Une sorte d’uchronie commençant dès aujourd’hui, parlante au lecteur de par la base des concepts approchés, mais dépaysante par le progrès apporté et l’univers dépeint, univers parfois à des années lumières de notre foyer… Au final, à mes yeux, la SF est une vision d’auteur de la science et du futur, qui nous autorise à avoir un pied dans les étoiles, entre les galaxies et les systèmes solaires, et l’autre pied dans son salon, entre le lecteur mp3 et l’imprimante bluetooth. Mais cette vision n’est pas exclusive, et peut (voire, doit) se marier avec des thématiques familières et universelles, telles que l’aventure, le drame, le polar ou l’horreur.

 

FS : Ecrire de la littérature de l’imaginaire, c’est justement, faire preuve d’imaginaire. En tant qu’auteur, comment construis-tu tes mondes ? Tes personnages ?

C.G. : D’abord, une envie de base. Qui nait… comme elle vient. Pour l’origine de l’envie, ne me le demandez pas : si j’étais capable de vous répondre à ce sujet… Après cela, je tente au maximum de donner corps à cette envie, à ce fantasme. Qu’il s’agisse d’une scène, d’un personnage, d’un cadre, d’un décor, j’essaie systématiquement de compiler, d’assembler, de m’approprier un maximum de références pour ensuite m’en amuser et jongler avec. Que cela soit du vécu -réutilisable pour le peu qu’il soit un minimum romancé-, une musique, une œuvre sur le même thème, une partie du folklore existant sur le sujet, une musique (encore, oui), des éléments historiques, géographiques ou culturels assimilables… Je comble mes manques d’inspiration, parfois, par une certaine boulimie de références. Puis je prends un peu de temps, pour pouvoir digérer le tout, et j’essaie ensuite de voir les recoupements qui peuvent être faits, les éléments intéressants à extraire ou autre. Et quand c’est fait, quand l’inspiration pointe le bout de son nez, j’ai tendance à sauter dessus, à lui porter un german supplex et à me faire une cafetière histoire de pouvoir l’exploiter jusqu’au bout.

 

FS : Fais-tu parti des auteurs qui planifient leur texte ou qui écrivent au fil de l’eau ?

C.G. : J’ai une écriture plutôt instinctive, presque explosive dans mes grands moments d’inspiration, et lorsque je suis dans une phase où je sèche, j’applique la méthode décrite précédemment. Je diminue le régime, je remets du carburant, et j’attends que la flamme revienne. De fait, cela rend mon rythme d’écriture un poil chaotique et difficile à gérer (Nonène, qui gérait Mississippi à la base, doit encore s’en mordre les doigts).

 

FS : Quels sont tes projets pour l’avenir ?

C.G. : Pour l’instant, j’attends le retour de Pierregord afin de retravailler mon manuscrit, et idéalement, j’espère pouvoir bientôt m’atteler à un prochain roman. J’avais participé en 2010 à un concours, le défi30-30, proposant chaque jour du mois de juin de créer un quatrième de couverture fictif. Un concours très stimulant et intéressant, qui pousse vraiment à aller chercher l’inspiration en terre inconnue, sur des thèmes qui sont loin d’être nos prédilections. Et de fait, il me reste au moins 29 idées prêtes à exploiter ! A côté de cela, je ne compte pas abandonner le jeu de rôle : j’espère bien pouvoir alimenter la gamme de Mississippi après sa sortie (avec, qui sait, peut-être un roman dans cet univers), et j’ai un nouveau projet sous le coude, en collaboration avec deux amis. Mais, n’étant pas seul dessus, j’évite de trop en dire tant que nous ne sommes pas un minimum avancés sur le projet (et, surtout, qu’ils soient également d’accord pour communiquer).

 

FS : Venons en maintenant au concours : comment as-tu entendu parler des Plumes en Herbe ? Connaissais-tu le concours ? Avais-tu participer à l’édition précédente ?

C.G. : J’avais effectivement participé au précédent concours, sans trop de succès. Cependant, ce que j’apprécie le plus dans ces concours, c’est la frénésie de la participation et la satisfaction de rendre un texte plus ou moins fini à la date donnée. Le reste n’est qu’un bonus (très appréciable cependant), mais en aucun cas le leitmotiv principal.

 

FS : Qu’est-ce qui t’as amenée à accepter de prendre part à l’aventure et à nous suivre ?

C.G. : Concernant ces concours (aussi bien Plumes que Démiurges), j’ai tendance à penser qu’il doit s’agir de tremplins pour les jeunes créateurs (ou créateurs plus âgés mais novices dans le milieu, évidemment). Et, pour ma part, ayant obtenu une publication aussi bien dans le jeu de rôle que dans la littérature plus classique, j’estime que j’ai largement profité de ce tremplin : il est temps de laisser la place aux autres quand on peut dépasser le cadre de ces concours. Accessoirement, entre ma collaboration avec Forgesonges pour Mississippi et une mission d’un an et demi pour France Loisirs / les librairies Chapitre.com, j’ai eu l’occasion de découvrir un peu l’envers du décor de l’édition, de la réédition et de la distribution (au point de presque quitter ma filiale actuelle -l’informatique- pour me rediriger dans ce milieu). De fait, voir un peu le concours « de l’autre côté » et assister à la naissance du futur recueil m’attirait terriblement, c’était dans la continuité de cette découverte de l’envers du décor éditorial.

 

FS : C’est ta première participation à un concours en tant que membre de jury ?

C.G. : Tout à fait ! On croise les doigts pour éviter les bourdes !

 

FS : Qu’espères-tu retirer de cette expérience ?

C.G. : Comme je le disais, connaître l’envers du décor. Voir quelles sont les considérations d’un jury dans le cadre de la proposition d’un manuscrit. Voir la refonte d’un texte, voir comment faire un refus avec des justifications qui doivent rester constructives et instructives pour l’auteur (à mon sens, le point fort de ce type de concours), ce genre de choses.

 

FS : En tant que membre du jury du concours, qu’attends-tu des nouvelles ? Quels sont tes espoirs ?

C.G. : Que les gens oublient un peu le leitmotiv de l’édition et nous livrent des écrits sincères, authentiques et personnels. Qu’ils se fassent avant tout plaisir dans leur écriture et qu’ils ne se donnent nulle autre barrière que celle de leur imagination, plutôt que de livrer des « gagnants d’avance ». Et, également, que ceux qui ne remportent pas le concours ne se découragent pas et soient emportés par leur passion. J’ai pu le voir dans de précédentes éditions du Démiurges en Herbes : plusieurs jeux non-qualifiés ont prouvé qu’ils n’étaient pas « perdants » pour autant, et leurs auteurs (bon, certes, en faisant partie, je me passe un peu de pommade, mais je pense par exemple à l’auteur de Téocali) ont su entretenir leur passion jusqu’à pouvoir livrer un produit fini, professionnel et malgré tout personnel et authentique. Bref, que les gens décomplexent un peu avec le refus d’un, voire du premier manuscrit : de une, ce n’est pas systématique, de deux, ça ne coûte rien d’autre que le temps de se dire « ce n’est pas grave, on y redire avec plus de motivation ! ».

 

FS : Quels conseils d’écriture donnerais-tu aux participants ?

C.G. : Gardez en tête que les points principaux sont le respect du thème, la qualité de la rédaction (au moins orthographique et grammaticale) et l’accessibilité de votre lecture, la facilité avec lesquels les lecteurs pourront intégrer vos phrases, votre histoire, votre décor. Gardez également à l’esprit qu’un thème est malléable, qu’en dehors de la forme, vous ne pouvez pas savoir ce que le jury aimera ou non, et qu’au pire, si vous ne remportez pas ce concours, vous aurez au moins la satisfaction d’avoir rendu un texte. Bref : faites vous avant tout plaisir et livrez-nous des textes intéressants. Si vous ne mêlez pas les idées de Saberhagen et la plume de Zola, peu importe au final : votre force littéraire se situera peut-être ailleurs lorsqu’un membre du jury lira votre création…

 

FS : le mot de la fin, si tu as quelque chose à ajouter, libre à toi…

C.G. : Ne vendez pas votre âme au diable à un carrefour la nuit pour apprendre à écrire et remporter ce concours, certains ont tenté de le faire dans le Mississippi pour apprendre le Blues, ils ont eu des problèmes !

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